Cette semaine nous continuons notre analyse de la peinture flamande du XVeme siècle autour des pigments et des mediums.
Les pigments :
Relativement peu de pigments étaient disponibles au XVe siècle. Quelques-uns étaient d’origine minérale, certains étaient préparés artificiellement comme le vert-de-gris, d’autres d’origine végétale ou animale. Les blancs venaient du blanc de plomb. Les noirs venaient du charbon, ou de calcination animale (os) ou végétale (noyaux de pêche). Les rouges : vermillon, ocres rouges et laques rouges (teintées par des extraits d’insectes). Les bleus outremer qui doivent leur couleur à l’azurite contenue dans le lapis-lazuli. Les jaunes : ocres jaunes, laques jaunes, jaune de plomb et d’étain. Les bruns obtenus en mélangeant les rouges et les noirs. Les verts en glacis étaient généralement du vert-de-gris, les verts opaques étaient obtenus en mélangeant le vert-de-gris aux jaunes et au blanc de plomb, ou en combinant des bleus et des jaunes.
Les mediums :
L’analyse des tableaux montre que l’huile de lin était presque universellement utilisée, quelque fois en association avec l’huile de noix et occasionnellement au-dessus de sous-couches en tempera à l’œuf. Les dessins au pinceau pouvaient être tracés avec un medium aqueux, comme la colle de peau animale. Des compas étaient utilisés pour tracer les arcs, les cercles et tracer les lignes. Dans certaines œuvres, de la résine a été ajoutée à l’huile, habituellement dans les glacis verts et rouges dans le but de donner plus de transparence et de profondeur à la couleur. Les substances pouvant être utilisées comme diluants, par exemple : l’essence de térébenthine ou de lavande étaient bien disponibles, mais comme elles s’évaporent, elles ne peuvent être détectées à l’analyse et il est impossible de savoir si elles ont été utilisées, et si oui, comment elles l’ont été.
Tour de main:
La peinture est généralement appliquée au pinceau, mais parfois elle est travaillée à l’aide de bâtons pointus, peut-être le manche des pinceaux, ou à l’aide des doigts de l’artiste. Campin a utilisé des bâtonnets pour ciseler et façonner la peinture des lourds voiles blancs de son portrait d’une femme. Jan van Eyck, dans son portrait du couple Arnolfini, a adouci les contours de l’ombre portée du chien avec son pouce (en en laissant une empreinte). Il a utilisé la technique du sgraffito pour rendre les poils de l’espèce de brosse qui est accrochée à côté du miroir.
Pour ôter le glacis en surplus sur la robe verte de la jeune épouse, van Eyck se servit de ses doigts et de la paume des mains. Les peintres les plus habiles travaillaient leur peinture, souvent dans le frais, avec une extraordinaire dextérité. Campin traçait de fines rainures dans les voiles de son portrait de femme, et ensuite traçait une fine ligne au pinceau à l’intérieur de cette rainure.
Van der Weyden n’était pas en reste. Certains détails de « Marie-Madeleine lisant » (illustration ci-dessous) ne sont pas visibles à l’œil nu, tel la fleur de lys de moins d’un millimètre de haut sur la chaussure d’un personnage de second plan. Quant au reflet de la femme dans la rivière, dans le paysage au fond du tableau, il témoigne de leur extraordinaire sens de l’observation et de leur virtuosité inégalée.
Le tableau des « Epoux Arnolfini » de Jan Van Eyck intrigue, en voici une autre analyse par un amateur éclairé.
